Blanche

Publié le par Manpang

artefact, japper, concupiscence, roudoudou, gravure, tutu



Blanche était une petite fille bien sage. Peut-être même trop sage aux yeux de certains. Toute la journée, elle se contentait de sucer longuement son roudoudou du moment, salivant sur ce bienfait sucré de dame nature. Elle travaillait bien à l'école, avait de bonnes notes, et se faisait même inviter par sa maîtresse certains dimanches après-midis.
C'est un de ces dimanches que tout ceci arriva.
La maîtresse de Blanche lui proposa de l'emmener au musée, pour regarder les oeuvres d'art et sucer un de ces roudoudous qui sont en vente à la confiserie en face du musée. Blanche accepta tout de suite. L'idée du musée ne l'enchantait guère, mais enfourner un de ces délicieux roudoudous dans sa petite bouche, et faire rouler sa langue sur la friandise pendant des heures la fit saliver tout de suite.

Alors elles y allèrent, main dans la main.

Sur le chemin, la maîtresse faisait réviser à son élève préférée ses tables de multiplication. Et Blanche récitait ses tables qu'elles connaissait par cœur, car elle était, comme je vous l'ai déjà dit, très bonne élève. Elles passèrent d'abord à la confiserie acheter les fameux roudoudous. Blanche en choisit trois. Un noir au réglisse, un rouge à la fraise, et un vert à la menthe. Lorsque le confiseur lui gratouilla sa petite tête pour lui dire au revoir, Blanche eut un sursaut. Un instant, tout autour d'elle devint lumineux, et opaque, comme si l'espace d'une seconde, elle s'était trouvée enfermée dans une page blanche. Quand elle revint à elle, c'est comme s'il ne s'était rien passé. Personne ne semblait avoir réalisé son absence. La maîtresse la tira alors par la main, et elles sortirent de la boutique. Un instant, elle jeta un coup d’œil à la boutique et à l'étrange confiseur. Elle crut un moment que celui-ci avait des crocs à la place des dents. Mais …

« Mais non », se dit-elle...
L'après midi suivit son cours. Elles étaient passées dans la galerie d'un illustre artiste polonais qui habillait des bouteilles de vodka avec des tutus roses. Cette salle n'avait pas vraiment intéressé la petite fille, qui avait sorti son artefact de prédilection, un des fameux roudoudous. Elle avait choisi le vert, et sa langue l'avait tant astiqué qu'il en était mort. Alors elle entreprit de déguster le rouge, celui à la fraise. Elle adorait sucer ce petit bout de chose tout rouge et voir le sucre fondre le long du bonbon. Elle l'enfournait dans sa mignonne petite bouche, le suçait, l'aspirait, et le ressortait pour observer l'état de fonte de l'objet de son désir. Puis l'enfournait à nouveau rassurée de voir ce sucre briller.
Concentrée ainsi sur son roudoudou, elle avait continué à marcher droit devant elle sans s'inquiéter de sa maîtresse, qui elle s'extasiait devant les tutus polonais. Donnant libre court à sa concupiscence sucrée, le sucre rouge coulant sur ses mignons petits doigts, elle déambula au hasard des salles du grand musée. Quand soudain, elle pénétra dans une salle obscure, occupée en son centre par une unique statue. Un chien de bronze la regardait fixement. Blanche intriguée s'approcha de ce cabot silencieux. Elle se rendit compte soudain qu'elle était toute seule. Observant les alentours, elle se rendit compte également que la pièce n'était pas vide. Sur les murs étaient disposées de petites gravures représentant des personnages. Certaines représentaient des petites filles, d'autres des petits garçons. En fait, toutes représentaient des enfants.
Et l'éclair blanc revint. Un flash bien plus long cette fois ci. Tout devint blanc autour d'elle. Tout avait disparu, la pièce n'existait plus. Elle était seule dans cette univers blanc, seule... avec la statue du chien qui elle n'avait pas disparu. Et la statue se mit a japper... comme un véritable chien. Blanche suça machinalement son bonbon, écarquillant les yeux. La statue bougea, et se tourna vers Blanche, jappant de plus belle. Blanche, entre peur et curiosité, fit ce qu'elle n'aurait jamais du faire. Elle s'approcha du chien de bronze à petits pas. Celui-ci se calma et lui tira une belle langue toute rouge. Elle sortit son roudoudou noir, celui au réglisse et le tendit vers l'animal. Celui-ci ouvrit une large gueule pour l'attraper découvrant d'horribles crocs.

« Bon sang ces crocs! » cria Blanche « Ces crocs! »
Quelques heures plus tard, la maîtresse affolée pénétra dans la pièce du "Chien du Grand Mur". Elle avait cherché Blanche partout dans le musée et ne la trouvait point. C'était la dernière salle du musée. En son centre trônait une statue de chien en bronze. Et sur les murs de petites gravures représentaient des enfants. Sur l'une d'elles, la maîtresse crut même reconnaître Blanche.

 
FIN

Publié dans Contes

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