lumignons, redondant, sporadique, tatou, verroterie, criminalité
Il était une fois un grand et puissant empire tout à l'Est du monde. De grandes et
magnifiques terres verdoyantes, de sombres et riches forêts en étaient le coeur. De grandes et puissantes falaises, creusées par des milliers de criques secrètes et silencieuses en étaient le
sourire.
L'une d'elle abritait un petit port de pêcheurs.
Nous approchions de la fête de l'Ecume, moment magique pour les enfants, presque redondant pour les anciens. Cet évènement rythmait les cycles solaires depuis l'éternité. Des milliers de
lumignons dançaient au fenêtre de la cité lacustre, comme si les étoiles étaient descendues sur la terre pour un soir.
Le vieux Fregolo les regardaient danser dans le vent, pensif. Les cris des enfants et les chant des femmes résonnaient plus loin dans le village, l'euphorie de son peuple montait doucement dans
la chaleur de la nuit. Pourtant, le vieux Fregolo était amer.
Avec sa cane il jouait machinalement avec un des lumignons accroché là, maugréant dans sa barbe des mots incompréhensibles... Durant des années , il avait gravé sur la peau des jeunes femmes et
des jeunes pêcheurs les signes que lui seul savait lire, arabesques de couleurs au sens oublié. Chaque jeune adulte passait entre ses mains, et se voyait ressortir du fond de sa sombre cabane
avec un tatou resplendissant, accroché à leur corps comme un coquillage sur son rocher. Fregolo avait herité de ce don de son pere, qui le tenait de son grand-père. A travers les tatouages
iniatiques qu'il pratiquait , il libérait la force des jeunes gens à la suface de leur corps. Et ainsi , le village accueillait un nouvel adulte, une nouvelle force, et ainsi, le village
prosperait. Depuis l'eternité.
Mais Fregolo était inquiet ce soir. Hier, la jeune Maya était passé entre ses mains, ce qui était ressorti de ses chairs avait fortement troublé le vieux sorcier. Maya lui avait demandé la
signification de ce serpent mauve qui semblait sortir de son sexe pour s'enrouler autour du ventre de la jeune femme. Et le vieux Fregolo était resté silencieux. Et avait bredouillé quelques
mots.
- Plus tard.. plus tard Maya, je te le dirai, va te reposer...
La fête battait son plein à présent, la danse des couples avait commencé. Une brise légére vint déranger les pensées du vieux Fregolo, éteignant soudainement la petite flamme du lumignon.
Grognant un coup, il se décida finalement à rejoindre les festivités d'un pas trainant.
Au détour d'un croisement de passerelles en bois, une voix l'interpella.
- Vieux magom, ... c'est moi.. Maya.... je.. je sais...
Fregolo se retourna et aperçu la jeune femme, nue, éclairée par la lumiere dansante des lumignons.
- Vous savez également...?
Le vieux se lissa les moustaches, et lentement hocha de la tête en guise de réponse.
- Vous saviez que cela arriverai en ce jour de l'Ecume?
Le vieux hésita un moment et fini par répondre :
- C'était ecrit, oui...
- J'aurai du te tuer dès que j'ai compris.. tu entends? Te tuer! Maintenant, c'est trop tard...
La jeune femme s'accroupit, écartant les cuisses du même coup. Ses yeux fixaient le vieillard, et un sourire indécent ornait son visage.
- Oui, tu aurais dû, misérable, maintenant c'est trop tard...
Le vent souffla plus fort, agitant les lanternes. La musique montait toujours plus haut, encombrant l'espace. Sur le corps de la jeune femme, éclairé par une lumière vacillante, le serpent Naa
déroulait lentement ses anneaux. Glissant sur le corps de la jeune femme, puis sur les planches humides de la passerelle, il se jeta sur le vieux sorcier en un éclair, ou peut-être pas... lent et
vif qu'il est à la fois.
Enserrant le vieux Fregolo, il sifflait à ses oreilles. On ne voyait pas sa queue, car le reste de son corps était encore dans le sexe de la sorcière.
- Et maintenant, vieux débris, sss, que va t il ssse passser?
Fregolo ferma les yeux et pria les dieux.
- Naa j'ai été, Naa je sssuis, Naa je ssserais, toi tu n'es rien, sss et les tiens ne ssseront bientot plus rien.
...
Lorsque Tembo le marchand ambulant arriva au village le lendemain, il n'en cru pas ses yeux. Dans la lumière blâfarde du matin, il découvrit l'horreur des corps ensanglantés et lacérés, jonchant
le sol. Là où les enfants avaient dansé, ne subsistait que quelques petits corps sans vie, atrocement mutilés. Partout ce n'etait que rivières de sang et de chairs, même les fuyards avaient été
rattrapés et ornaient les abords du village, comme des pantins désarticulés et sans vie.
Lorsqu'il atteignit la plus grande des cabanes, il trouva à la place du chef, une jeune femme assise par terre, jambes écartées. Entre ses cuisses, des centaines de petits oeufs avaient éclot, et
de noirs et fins serpents en étaient sortis.
Quand elle releva la tête, sous sa tignasse brune et ensanglantée, Temblo vit son propre reflet dans ses deux grands yeux vides.
Ce fut la derniere chose qu'il vit.
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