En attendant les lucioles

Publié le par Tim le gnome

Il était une fois, il y a très longtemps, perdue au bout d'une petite route de terre bordée par un océan de feuilles une petite maison ronde. C'est là que vivait la fée au collants rayés. Personne ne venait la voir. Et pour cause, elle s'était retirée là pour fuir le monde.

Une maladie la rongeait tout au fond d'elle. Les quelques docteurs du pays qui avaient essayé de la soigner avaient échoué. De remèdes en remèdes , de fiolettes en fiolettes, les unes aux couleurs vives, les autres qui bullaient.. remèdes a base de plantes, décoctions hasardeuses, remèdes de grand- mères... Tout avait échoué. Sa magie n’opérait plus. Sa magie de fée. Son sourire s’était éteint, et plus personne n'avait besoin d’elle. Alors par un matin blafard, la fée aux collants rayés s'en était allée. Elle avait pris son baluchon, pardon, ses deux baluchons, et silencieusement avait refermé la porte de sa tour blanche, et avait quitté la ville de la reine. Sa silhouette disparut dans les brumes, et ses pas la conduisirent vers cette petite maison.

Jour après jour, elle tournait en bourrique, sifflant ses réserves d'hydromel, hurlant contre les murs de sa bicoque. Elle qui portant avait tant donné, enfin c’était en tout cas ce dont elle se rappelait. Elle avait beau compter les jours de sa vie passée, les jours présents eux, ne se finissaient que trop tard pour elle. Elle veillait tard, attendant les feux follets qui ne venaient pas, et se réveillait le plus tard possible. Ainsi les journées passaient plus vite. Enfin l’espérait elle...

Sa magie s’était envolée.

Sa magie c’était son sourire.

Et son sourire, maintenant, elle s'en rappelait.

Son sourire, on lui avait volé.

Tout ces malandrins qui s’étaient empressés de sonner a sa porte avec des questions plein la bouche, des sortilèges qu'ils voulaient! A tous ces flibustiers sans eau, elle avait inlassablement donné son sourire, sa gaieté et sa magie. Et eux les avaient pris sans compter.

1,2,3... la voila finie dans un bois

Voleurs de sourire!
Voleurs de magie!

Là voilà sa maladie, se dit-elle en regardant la dernière goutte d'hydromel tomber a ses pieds, du goulot de sa bouteille renversée.

C'est la rage!

La rage contre ces vils, la rage contre la ville, la rage contre le monde.

Mais il n'y avait personne aux alentours, elle était seule au bout de cette route perdue dans un océan de feuilles. Et contre elle, elle tourna cette rage. Se saisissant d'une feuille blanche, ou son inspiration ne voulait plus se coucher, elle trancha délicatement et savamment ses poignets. Regardant couler son sang a ses pieds, la fée aux collants rayés, se sentit porter.

Ce fut sa dernière envolée.

 

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